C’est quoi une adresse IP et pourquoi la fixer chez vous ?
Une adresse IP, c’est le numéro qui permet à votre box, à votre caméra ou à votre thermostat de se retrouver sur le réseau de la maison. Quatre nombres séparés par des points, par exemple 192.168.1.20. Si ce numéro change sans prévenir, l’application ne joint plus l’appareil et la domotique « tombe en panne » alors que rien n’a cassé. Je vous explique ce que recouvre l’adresse IP, où la lire et comment la fixer proprement.
Un numéro par appareil
Chaque objet branché en Wi-Fi ou en Ethernet reçoit une adresse sur le réseau local.
Privée ou publique
Vos appareils se parlent en privé. Seule la box porte l’adresse vue depuis Internet.
Fixe pour la box
Réservez l’adresse du serveur domotique pour que les applications le retrouvent toujours.
Ne rien exposer
Une caméra ou une box ouverte sur Internet reste une porte laissée entrouverte.
C’est quoi une adresse IP, concrètement ?
Une adresse IPv4 se compose de quatre nombres de 0 à 255, soit 32 bits. Cela donne environ 4,3 milliards de combinaisons, trop peu pour toute la planète. D’où l’arrivée de l’IPv6, codée sur 128 bits et écrite en groupes hexadécimaux séparés par des deux-points.
À la maison, vous n’avez pas à manipuler tout cela. Votre box attribue un numéro à chaque appareil qui se connecte, un peu comme un numéro de boîte aux lettres dans un immeuble. Le protocole qui distribue ces numéros s’appelle le DHCP. Le piège classique : le DHCP prête l’adresse pour une durée limitée, et un appareil peut en recevoir une autre après un redémarrage de la box ou une coupure de courant.
Adresse privée, publique, fixe ou dynamique : laquelle vous concerne ?
Deux distinctions comptent pour vous. La première oppose le réseau interne à Internet. Les plages réservées aux réseaux privés sont 10.0.0.0/8, 172.16.0.0/12 et 192.168.0.0/16, définies par la norme RFC 1918. Votre box utilise presque toujours la dernière. L’adresse publique, elle, appartient à votre fournisseur d’accès et change selon son bon vouloir.
La seconde distinction oppose dynamique et fixe. Une adresse dynamique est prêtée, une adresse fixe reste la même. Pour un téléphone ou une télévision, la dynamique suffit. Pour ce qui pilote la maison, je vous conseille la fixe. Je range dans la catégorie « à fixer » :
- le serveur domotique (Home Assistant, Jeedom ou une autre box) ;
- la passerelle Zigbee ou Z-Wave quand elle se branche en Ethernet ;
- les caméras IP enregistrées sur un boîtier ;
- l’imprimante ou le NAS si un automatisme s’en sert.
Le reste du parc peut rester en dynamique. Si le rôle de votre routeur vous échappe encore, mon article sur l’utilité réelle d’un routeur wifi reprend les bases du réseau domestique.
Comment trouver l’adresse IP d’un appareil de la maison ?
Le plus fiable consiste à lire la liste des appareils connectés dans l’interface de votre box ou de votre routeur. Elle indique le nom, l’adresse IP et l’adresse MAC de chaque équipement. Cherchez une rubrique du type « appareils connectés », « réseau local » ou « DHCP ».
Sur un ordinateur Windows, la commande ipconfig dans l’invite de commandes affiche l’adresse de la machine. Sous Linux, ip a fait la même chose. Sur Home Assistant, l’adresse apparaît dans les réglages réseau du système. Pour un module Wi-Fi, repérez-le dans la liste de la box par son nom ou par l’adresse MAC imprimée sur l’étiquette.
Un conseil de méthode : notez les adresses dans un tableau tenu à jour, avec le nom de la pièce. Quand vous aurez douze objets connectés, vous me remercierez. Pour choisir le serveur qui centralise tout, le comparatif de la box domotique adaptée à vos équipements vous aidera à trancher.
Pourquoi fixer l’adresse IP de votre box domotique ?
Parce que tout ce qui la contacte la cherche à une adresse précise : l’application mobile, les modules Wi-Fi qui lui envoient leurs mesures, la sauvegarde, l’accès à distance. Home Assistant écoute par défaut sur le port 8123, et le lien enregistré dans votre téléphone se compose de l’adresse suivie de ce port. Si l’adresse bouge, le lien ne mène plus nulle part.
Je privilégie la réservation DHCP dans la box plutôt qu’une adresse fixe saisie dans l’appareil. Raison simple : tout se gère au même endroit, et un appareil réinitialisé retrouve son numéro sans intervention. La réservation associe l’adresse MAC à une adresse IP choisie. Les étapes :
- Ouvrez l’interface d’administration de votre box ou de votre routeur.
- Repérez l’appareil dans la liste des équipements connectés.
- Créez une réservation en reliant son adresse MAC à une adresse libre, hors de la plage distribuée automatiquement.
- Redémarrez l’appareil pour qu’il récupère la nouvelle adresse.
- Vérifiez que l’application répond, puis notez l’adresse dans votre tableau.
💡 Choisissez des adresses hautes, comme 192.168.1.200 à 192.168.1.230, et écartez-les de la plage DHCP. Deux appareils qui se disputent la même adresse se coupent mutuellement du réseau.
Un mot sur l’accès depuis l’extérieur. Il passe par un VPN ou un service dédié, jamais par l’ouverture brute d’un port. Mon pas-à-pas sur l’accès externe à Jeedom sans risque détaille la démarche. Et si votre projet touche au câblage, coupez le disjoncteur et vérifiez l’absence de tension avant d’ouvrir un boîtier. Dès que vous hésitez, laissez la main à un électricien. Passer un câble Ethernet près du tableau relève de son métier.
Zigbee, Z-Wave, Matter : qui a besoin d’une adresse IP ?
Pas tous les objets. Un capteur Zigbee ou Z-Wave n’a pas d’adresse IP : il parle à sa passerelle par radio, et seule la passerelle apparaît sur votre réseau. C’est l’un des atouts de ces protocoles : vous gérez une adresse pour dix capteurs, pas dix adresses.
À l’inverse, un module Wi-Fi réclame la sienne, et chaque objet de plus alourdit la liste. Quant à Matter, il circule sur les réseaux IP, en Wi-Fi, en Ethernet ou via Thread, un réseau maillé basse consommation qui repose sur l’IPv6. Mon dossier sur le fonctionnement de Matter avec Thread et le Wi-Fi reprend ces différences. Vous l’aurez compris : une seule box et un seul protocole simplifient la gestion des adresses, cinq applications la compliquent.
Que risque-t-on quand l’adresse IP est exposée ?
Votre adresse publique ne donne pas accès à votre maison. Elle devient un problème quand un appareil répond depuis Internet : caméra, enregistreur, interface de box. Les attaques automatisées scrutent en permanence les adresses publiques à la recherche de ces portes ouvertes.
⚠️ Ne redirigez jamais un port de votre box vers une caméra. Des outils comme l’ouverture automatique de ports (UPnP) le font parfois sans vous le dire : désactivez-la si vous n’en avez pas l’usage.
L’ANSSI a publié en août 2021 un guide de recommandations sur la sécurité des objets connectés, et la CNIL rappelle les bons réflexes : changer le mot de passe par défaut, mettre à jour, couper les fonctions inutiles. J’y ajoute un arbitrage de terrain : isolez les objets bon marché sur le réseau invité de la box, et gardez le serveur domotique sur le réseau principal.
Côté caméras, la règle vaut aussi pour la loi : vous ne filmez que l’intérieur de votre propriété. Mon article sur l’installation d’une caméra wifi extérieure précise ce que la CNIL autorise.


